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Le Syndicat du Crime

Le Syndicat du Crime
Pierre
3 commentaires
Il parait que Assassin’s Creed Mordor édition est plutôt un bon jeu. Après les Batman Arkham ça commence à devenir une fâcheuse habitude de la part de Warner qui aurait peut-être, enfin semble-t-il, compris que rien ne sert d’avoir parmi les licences les plus cools au monde si c’est pour en faire des jeux pourris.

Une tendance d’autant plus notable que l’histoire des jeux vidéo s’est plus ou moins bâtie sur les adaptations ratées. A commencer par le tristement célèbre E.T. dont les ventes calamiteuses et les retours massifs ont plongé Atari dans une (première) banqueroute anticipée.

Puis, comme une longue tradition, chaque console, chaque support se devait d’avoir ses adaptations dégueulasses comme mètres étalons d’un système biaisé.
La NES a eu ses Tortues Ninjas incroyablement frustrantes. La Master System a eu son Jurassic Park utilisant un bouton physique de la console pour changer d’arme. La Super NES et la MegaDrive ont eu leurs lots de jeux Tintins et autres Schtroumpfs d’Infogrames qui ont traumatisé toute une génération d’enfants. La Saturn et la Playstation ont eu leurs Independence Day, et Street Fighter: the Movie: The Game qui réussissaient tous deux l’exploit d’être pires que les films dont ils étaient inspirés. La N64 a eu droit à son glorieux Superman 64 qui servait de benchmark à ce qu’il était possible de rater quand on commençait coder pour la console en abusant du fog. Grâce à une mystérieuse opération "ressuscitons nos vieilles licences", la PS2 et la Xbox ont eu droit la même année aux adaptations tardives de Reservoir Dogs et Fight Club qui avaient en commun de faire un contre-sens absolu du message des deux films dans une célébration de la violence bas du front de toute beauté. La PS360 était la génération qui promettait de grosses adaptations, du Spider-Man de compet’, du Indiana Jones enfin correct ! Mais ça a surtout été la génération de Pimp My Ride.

Alors évidemment c’est facile de se moquer, après tout qu’est-ce qu’une adaptation de licence sinon une autorisation pour imprimer du pognon ? On évalue la fan-base de la licence originale, on croise les patates avec les joueurs de jeux vidéo et bingo, on va vendre des palettes entières à tous les Jean-Jacques qui crieront au génie parce que leur personnage favori est désormais jouable. Dans le grand diagramme de Venn du marché potentiel, l’intersection “Aime la licence”/”Achète des jeux vidéo”/”Est regardant sur la qualité du produit” abouti à une augmentation des ventes tout à fait secondaire.

Du coup la recette est on ne peut plus simple : on ne s’emmerde pas à faire dans le grand luxe, on attrape la première équipe de yes-men qui passe par là, on leur confie le projet avec des deadlines improbables, on sous-traite ce qui doit l’être aux yes-men de seconde catégorie et on n’est pas trop regardant sur l’assurance qualité effectuée par des Roumains que l’on n’écoutera de toute manière jamais.
Puis on emballe le tout dans un joli paquet, que l’on met sur les rayons de préférence un peu avant noël ou toute autre milestone importante pour la licence. Et zou, faites rentrer le cash pour finir ce fiscal !

De temps en temps, l’équipe sur un projet est laissée en roue libre complète par l’éditeur et les ayants-droit. Dans certains cas ça donne un FPS Riddick étonnamment bon, dans d’autres ça donne une adaptation surréaliste des Sept Samouraïs façon animé dégueulasse dans un futur où les méchants sont des robots, juste comme Kurosawa l'aurait tourné s'il avait eu les moyens.

Dans la plupart des cas les ayants-droit sont très à cheval sur l’image qu’ils défendent et mettent des bâtons dans les roues des développeurs jusqu’à retirer du jeu l’homme qui lui donne pourtant son nom, ou essayent de retirer le nom de la licence adaptée.

Warner, en maîtrisant toute la chaîne de production en interne, semble avoir en tout cas trouvé un équilibre entre faire des bons jeux et faire de l’argent avec plus de 20 millions d’Arkham vendus, on ne peut que lui souhaiter la même pour son Shadow of Mordor. Et on peut surtout souhaiter à son concurrent Disney de retrouver la raison et de cesser les petites blagues sur téléphones portables pour se reconcentrer sur du gros titre gamer.
Mais il suffit de jeter un œil aux ventes de Disney Infinity pour comprendre qu’on n’est pas prêts de revoir Star Wars 1313.

Commentaires

  • FulRoro |
    "Le Syndicat du Crime"
    Gomo was here
  • Gomo |
    Pour les anglophones, Extra Credits ont récemment fait un épisode sur le même sujet.
  • Alexandre |
    Oh punaise je découvre ton blog via les Golden Glog Awards et j'adore ce mélange planche/texte (très bien rédigé qui plus est, c'est toujours agréable) !

    J'aime d'ailleurs tellement cet article en particulier, puisque d'accord sur tous les points, que je pense te pomper ... la plancher et l'inclure en illustration pour mon futur article de l'Ombre du Modor, si tu le veux bien :) en te nommant bien sûr, lien vers ton blog également.

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