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Terminator

Terminator
Pierre
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Les gens et parmi eux les journalistes, adorent coller des genres aux jeux.
C’est pratique, ça permet de remplir la petite fiche technique, puis de comparer les jeux entre eux, voire si on est sur Gamekult, de faire des histogrammes, toussa.

Mais en vrai les joueurs raisonnent assez peu en termes de genres, ils pensent plutôt en termes de possibilités. On ne décrit pas Scribblenauts comme “un gentil puzzler 2D” mais comme “ce jeu chelou dans lequel on tape des mots et ça fait apparaître des objets”. On ne parle pas de Guitar Hero comme “un rythm-game inspiré de guitar freaks” mais comme “cette saleté de jeu idiot où on peut se ridiculiser avec une petite guitare en plastique”.

Je pense que c’est pour ça que je n’ai pas tout de suite aimé Mario Kart. J’ai mis longtemps à comprendre qu’il n’est pas un jeu de course, pas au sens traditionnel, c’est un jeu de Nintendo. On se déplace linéairement sur un circuit, et pour gagner il faut passer la ligne d’arrivée avant les autres, ce qui ressemble beaucoup beaucoup à de la course, mais il ne faut pas se laisser rouler : c’est un jeu Nintendo.

Action, plateforme, tout autant que course, le jeu joue sur les tropes habituels des Marios : il y a des passages secrets, il y a des ennemis, il y a des power-ups et des nuages tout sourire et surtout il y a de l’action plus ou moins constante.
Pour assurer cette action, le jeu a recours à la fameuse technique de l’IA élastique qui attend le joueur s’il traîne des pieds et qui le rattrapera toujours, quel que soit son niveau de maîtrise. C’est ce qui rend le jeu fun, c’est aussi ce qui rend le jeu frustrant pour les fans de course qui ne peuvent pas gagner grâce à leur maîtrise du pilotage mais uniquement en comptant sur leur connaissance des bonus, techniques et raccourcis. Et la chance.

Surtout la chance.

Parce que bon, faut pas déconner, y a peut être des Pro Gamers pour jouer les fourbes de compétition, ça ne nous rendra pas ces parties perdues à cause d’une carapace bleue de dernière minute ou une banane négligemment posée sur la ligne d’arrivée.

Mario Kart joue à fond les bananes (oui) la carte de l’aléatoire et du deus ex machina qui remet en question la hiérarchie possible entre entraînement de joueurs pour en faire un excellent party-game où vétérans et nouveaux venus peuvent coexister. C’est ça l’expérience Nintendo qui fédère la famille autour du même jeu. Et c’est aussi pour ça que prendre trop sérieusement une partie de Mario Kart ne peut mener qu’à une irrésistible envie de lancer la manette contre les murs.

J’ai eu l’occasion de discuter un peu avec un manager de l’ESL, la ligue de League of Legend sport électronique à qui l’on essayait de vendre un jeu en promettant monts et merveilles en termes de fonctionnalités spectateurs, d’intégration de twitch à tous les étages, d’options d’arbitrage, de modes de jeu calibrés sur des règles officielles et autres idées du même tonneau.

Il a secoué un peu la tête, nous a dit que tout ça c’était très bien, et entre nous il aurait pas vraiment pu nous dire l’inverse vu ce que ça a coûté, mais qu’au final la seule chose qui compte c’est d’avoir un jeu compétitif, équilibré et suffisamment fun pour que les joueurs aient envie d’y amener leurs copains. Le reste suivrait. Le reste suit toujours, qu’il y ait écrit E-Sport dessus ou pas.

Pendant un moment je me suis dit que quand même ça pouvait pas être aussi simple et qu’il y a des mots clés, des idées fondatrices pour les joueurs compétitifs et que si on n’est pas un vrai MOBA comme un LoL on n’a aucune chance de percer dans le milieu.
Pour en avoir le cœur net on a présenté notre jeu dans un barcraft, ces espèces de salles surchauffées où l’on peut boire des coups hors de prix tout en regardant des coréens ridiculiser des européens par matchmaking interposé.

Après quelques heures à montrer notre jeu et à expliquer à quel point on est un super MOBA, un des joueurs pro de LoL visiblement un peu gêné me demande : “Mais en fait, c’est quoi un MOBA ?”.

Les gens et les genres.

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