> Le Blog BD qui vous rappelle qu'il faut mettre un S à comics et pas à Jeux Vidéo

Trahison

Trahison
Pierre
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Netflix, Spotify et tous les autres systèmes en licence globale c’est très très bien, mais ça nous a aussi donné des habitudes sacrément dégueulasses.

C’est très bien parce qu’on peut piocher dans tout un tas d’œuvres sans se préoccuper de savoir d’où elles viennent ni d’où elles sont destinées à finir, librement, sans insérer de média dans un lecteur et sans se poser trop de questions.

Mais ça nous donne aussi la sale habitude de piocher dans tout un tas d’œuvres sans se préoccuper de savoir d’où elles viennent, où elles iront et d’une manière générale sans trop vouloir en savoir sur le pourquoi du comment elles sont arrivées près de chez nous.

Et le pourquoi du comment, en général c’est une sombre histoire de contrat donnant une licence d’exploitation pour un catalogue de films, de musiques, de bouquins etc. Et ce contrat, il est signé d’un côté par des gens qui veulent s’assurer que leur catalogue d’œuvres qu’ils prêtent ne soit pas pillé n’importe comment et continue à rapporter de l’argent et se gardent donc des portes de sorties, et de l’autre par des gens qui veulent s’assurer que le catalogue qu’ils récupèrent ne soit pas complètement sans intérêt et ne coûte pas trop cher et se gardent des portes de sorties.

Comme tout bon contrat, cet accord est donc signé entre deux partis froussards qui espèrent un scénario où ils pourront gagner beaucoup d’argent mais qui font tout pour se protéger du reste. Ce qui veut dire, entre autres, qu’il y a une date limite d’exploitation pour évaluer la situation et re-signer, ou non, un nouveau contrat à la fin de la période.

C’est pour ça que les films, musiques et bouquins sont amenés à disparaître de temps à autres des plateformes de streaming.

Sauf que, si l’on admet que c’est gênant pour du film, de la musique ou du livre, il est en règle générale possible de retrouver les œuvres sans trop de problème, tant il existe des bibliothèques, on ou offline.

Quand on parle de jeu, par contre, c’est déjà nettement plus embêtant, parce que l’œuvre et la technologie sont intriquées de manière nettement plus complexe.
Quand un OS meurt, quand une console cesse d’être fabriquée, quand les langages de programmation sont abandonnés, la durée de vie réelle des jeux est mise en péril.

Ho bien sûr, pour un million seller, pour un AAA, pour un plébiscite quel qu’il soit, il y aura toujours un éditeur, un portail ou un groupe de fan pour assurer la survie du flambeau. Portage, remake, compilation, que les intentions soient la préservation pure, le défi technique ou une basse opération de tonte de laine sur le dos de fans moutonneux, il existe des moyens de sauvegarder tous les Call of Duty ou Halo du monde.

Mais quand il s’agit d’un jeu moins populaire, ou même moins réussi qui n’a pas le droit à sa fan base qu’est-ce qu’on fait ? On peut serrer les fesses pour un émulateur global et une bonne âme pour ripper les fichiers.
Mais quand même des monstres comme Microsoft se prennent à moitié les pieds dans le tapis en émulant leur propre hardware, est-ce qu’on peut vraiment avoir de l’espoir pour le reste. Comment je joue à Burning Rangers en 2015 sans sortir 300€ ?

Et ça c’est dans le cas où les jeux ont eu à un moment donné une version physique et offline. Le problème devient bien plus complexe quand il s’agit d’un jeu numérique retiré de son store, ou d’un jeu à connexion obligatoire dont il n’existe plus de serveur.

Qu’adviendra-t-il de la vague indé qui s’est emparée de Steam et de sa facilité de publication quand les jeux quitterons le service ?

On peut s’en foutre, on peut se dire que Valve ne lâchera jamais personne, que tous les contrats seront toujours renouvelés, que les codes sources des MMOs seront toujours offerts à la communauté à la fermeture des serveurs et qu’il existera toujours bien une ou deux copies de sauvegarde quelque part.

Ou alors on peut craindre un peu qu’une industrie qui se dématérialise autant, c’est une industrie qui prend le risque de la temporalité et de la précarité.

Et une industrie qui se permet d’oublier son passé, c’est aussi une industrie qui risque de ne pas apprendre beaucoup pour son futur. A quoi joueront les game designers dans dix ans ? Dans trente ans ? Combien d’entre eux auront joué à Burning Rangers ?

La seule solution partielle qui me vient immédiatement en tête c’est de convertir les jeux en un support plus durable et enfin, peut être, trouver un intérêt aux infinis let’s play qui débordent déjà de leurs plate-formes de prédilection. Mais on ne préserve jamais qu’un pan du jeu, pas de gameplay, pas de kinesthésie, pas d’IA, pas de code.
Et surtout on se tape un infâme gosse qui beugle par dessus.

Mais peut être un peu de grain à moudre pour la prochaine fois où vous allumerez Netflix pour regarder un Schwartzy.

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