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Création collector

Création collector
Pierre
2 commentaires
Triste époque vous me direz mais j’ai l’impression que les éditions collector ont moins la côte qu’il y a quelques années.
On a bien les petites blagues d’Activision, on a toujours les coffrets ridiculement garnis d’Ubisoft (après tout ils ont un département entier chargé de trier les goodies possibles), mais pour le reste c’est un peu le désert.

Enfin ce n’est pas tout à fait exact : on a désormais des steelbooks. Partout, tout le temps des steelbooks. Parfois très réussis, parfois beaucoup moins. Ils sont jetés avec tous les jeux comme le service minimum pour justifier de quinze balles de plus sur la facture, ainsi soit-il.
Fini les artbooks canons et bien pratiques pour dérouler un poster, terminés les figurines qui calent des cartes de visites tout en servant d’indicateur clé de taux de poussière sur l’étagère.

Aujourd’hui on vit le diktat de l’Unlockable Content, ces micros bouts de jeux ou de missions qui sont volontairement bloqués du jeu pour faire les choux gras d’un consolier ou d’un revendeur qui a réussi à sécuriser son édition. En généralement parfaitement inutiles ils font pourtant l’objet d’énormes stickers sur la boite pour garantir au consommateur du moment qu’il a fait une excellente affaire.

Et le problème se situe sans doute à ce niveau. Les éditions collectors, en plus de faire du beurre sur le dos des gros fans, servaient essentiellement à obtenir des deals de distribution en magasins. Or avec la réduction du nombre d’enseignes et l’augmentation des ventes numériques, le rapport de forces s’est inversé et les éditeurs ont de moins en moins intérêt à prendre des risques sur des grosses éditions qui coûtent cher à produire, cher à stocker et qui se retrouvent bradées comme un sale jeudi à la foirfouille en cas de raté.

Alors que l’ULC, c’est clean, c’est mignon, ça donne un petit gout de reviens-y pour du DLC et ça se vend très bien sur un store en ligne.

Du coup, je soupçonne que les revendeurs réalisent eux-mêmes leurs édition collectors à base de steelbooks collés au cul de l’édition classique : une seule édition PC-PS-XB, une seule chaine d’assemblage, et zou on peut quand même afficher un petit logo « exclusif » qui va bien tout en salant l’addition au passage.

Reste qu’évidemment, et à l’exception notable de la pièce de pile ou face offerte avec Fable 3 qui continue encore aujourd’hui de décider de la plupart de mes choix de vie, une édition collector n’a jamais rien apporté à qui que ce soit et certainement pas au jeu en lui-même. Elle n’en prolonge pas l’expérience, n’en améliore pas la saveur et n’offre en général rien d’autre qu’un moyen de plus ou moins mauvais gout pour montrer à ses petits camarades qu’on a plus d’argent qu’eux.
Mais comme l’édition collector fait partie du décor depuis suffisamment longtemps, elle a une certaine crédibilité qui la rend légitime aux yeux des mêmes joueurs qui s’emparent de twitter à chaque fois qu’un season pass est annoncé.

Et si vous ne me croyez pas, jetez donc un œil aux fausses éditions collectors, non pas celles annoncées par mégardes par un revendeur un peu enthousiaste, non celles que les fans dessinent eux-même comme du fanart corporate pour exprimer leur mécontentement vis à vis de l'offre officielle.

Ceux-là donc pourront essuyer une petite larme en se disant qu’ils ont raté le bras articulé de Snake dans l’édition collector de MGS. Ça tombe bien, avec la cravate de Hitman ils pourront en essuyer tout un tas des larmes, à commencer par celles produites en voyant le jeu pour la première fois, mais ça c’est une autre histoire.

Commentaires

  • FulRoro |
    Dans le même genre, super article de NoFrag http://www.nofrag.com/2015/mar/16/46717/
  • Pierre |
    Ouais, j'avoue que le billet de DrLoser me laisse un peu perplexe. C'est à la fois très engagé sur le fait que la valeur des jeux est fixée de manière arbitraire tout en évitant d'assumer le message anti-pricing différencié derrière des petites courbes et des raisonnement pseudo économiques.

    La plupart des pré-supposés sont sorties d'un chapeau (diminuer le prix de vente de 30% double les ventes ???) voire complètement faux (le support représente des coûts négligeables).
    Ça mélange allègrement AAA et jeux indés, canaux de distributions et politiques tarifaires.
    Mais surtout l'article considère que les joueurs sont des acteurs économiques rationnels et que seule la valeur perçue entre en ligne de compte sans autre facteur psychologique.

    Ceci dit la mécanique de pricing par paliers est assez claire en effet : une version pour chaque bourse, même si c'est plus un facteur temporel que réellement de division des éditions. Le fait qu'il y a de moins en moins d'éditions collectors semble l'indiquer.