> 300 planches et pas de fausse hanche

Cynism Overdrive

Cynism Overdrive
Pierre
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J’ai récemment lancé Sunset Overdrive, dernier cadeau empoisonné du Games with Gold qui avait tenté de se tailler une part de hype à l’annonce de la Xbox One avant de retomber comme le soufflé de mamie après des reviews moyennement chaudes.
Assez rapidement j’ai trouvé que quelque chose sonnait creux dans le jeu, que le cœur n’y était pas, ce que j’ai d’abord mis sur le compte de la direction artistique bien tape à l’œil et des dialogues absolument dégueulasses en VF.
Et puis dimanche après-midi pluvieux aidant, j’ai un peu insisté et ai poussé le vice au-delà des longues premières heures de didacticiel jusqu’à ce que le côté creux devienne caisse de résonance de la perfidie du jeu et jusqu’à ce que je puisse enfin mettre le doigt sur ce qui m’énerve tant.

En fait, jouer à Sunset Overdrive fait le même effet que découvrir une tache bleue un peu suspecte sur une part de roquefort d’âge douteux : on découvre avec horreur que c’est encore plus moisi que ce qu’on était prêt à accepter sans broncher.

La faute à une volonté des développeurs de balancer sur le médium jeu vidéo en lui-même. Une envie plus ou moins directe de casser le quatrième mur pour dire au joueur qu’il sait, et plus encore qu’il sait que le joueur sait qu’il sait. Bref de faire du méta comme le disent les cools kids.

Sauf qu’en l’occurrence, quand je dis que les développeurs ont voulu faire du méta, je devrais dire qu’une petite partie de l’équipe a voulu faire du méta, sans doute sans en informer le reste du groupe. Résultat on se trimbale une œuvre complètement schizophrène qui se moque des quêtes Fedex tout en proposant des quêtes Fedex, qui propose de faire trois fois la même action pendant qu’elle se moque des jeux qui forcent le joueur à faire trois fois la même action.

Et c’est absolument insupportable. Aussi insupportable que Eat Lead qui proposait un shooter à la troisième personne médiocre sous couvert d’une parodie de shooter médiocre ou que Saint’s Row IV qui donne des coups de coudes au joueur en se moquant de l’étroitesse d’esprit des extra-terrestres qui ont construit une simulation ratée en reprenant la map de Saint’s Row III.

Parce qu’une parodie ou un pastiche réussit ne consiste pas juste à voir les codes pour les pointer du doigt d’un air goguenard, encore faut-il réussir à s’élever au-dessus desdits codes pour les détourner au profit du message.
Et franchement quand on fait un open world, ce ne sont pas les opportunités d’envoyer bouler les listes interminables de lieux communs qui accablent le genre qui manquent.

Est-ce à dire que le jeu vidéo ne peut pas critiquer le jeu vidéo comme la télévision ne pouvait pas s’autocritiquer pour Bourdieu ? Pas évident si l’on en croit le succès de titres comme Stanley Parable, Undertale ou Pony Island. Hell sans aller chercher des jeux aussi déviants on peut trouver un détournement assez clair des codes de genre dans les jeux de The Bard’s Tale, les lucas art de la grande époque. Même un South Park ou un Fable jouent plus avec leurs genres respectifs que ce qu’on a dans un Sunset Overdrive.

Ici pas de grand message, pas de volonté de porter le genre plus loin et certainement pas l’intention de faire un grand jeu. On a juste une couche de textures colorée et une écriture self-aware qui se veut maligne appliqués à la hâte sur un jeu médiocre.

Et c’est terriblement déprimant compte tenu de la base tout à fait intéressante du gameplay qui remet un peu de Jet Set Radio dans les TPS moderne et du manque cruel de variété et de pet au casque dans la production AAA.
On est passé à pas grand-chose d’un jeu vraiment malin et au lieu de ça on se tape un nouveau Fuse de mardi gras. Et ça donne pas du tout envie de rire.

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