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Licence Crush Saga

Licence Crush Saga
Pierre
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Les industries de technologies numériques sont un petit monde sacrément tordu où des mecs parmi les plus intelligents de la planète arrivent à prendre les décisions les plus idiotes qui soient.
On a des types malins, des visionnaires, des gens qui réinventent le futur tous les jours en rendant caduques les films de SF, mais on a aussi droit aux abrutis les plus pathétiques, aux déclarations les plus scandaleusement irréfléchies et aux fortes têtes qui confondent le fait d'avoir du charisme et celui d'être un trou du cul.

Comme si les technologies de pointe n'attiraient qu'une bande de grands gosses brillants dans leurs domaines d'expertise mais incapables de se comporter en adultes. Le site Engadget avait même droit à sa petite rubrique dédiée "CE-Oh no he didn't!" pour compiler les meilleures bourdes des présidents du secteur.

Et en gamin terrible du numérique, le jeu vidéo a droit à une part encore plus élevée de décisions bêtes à en pleurer. La dernière en date est bien évidemment le départ en vrille de King, une société dont le développement a été étrangement similaire à celui de Zynga avec des débuts de modeste start-up de jeux flash jusqu'à la domination du marché du jeu casual sur facebook et mobiles en moins d'une décennie.

King, c'est donc Candy Crush Saga, et les milliards qui vont avec. Et quand on a des coûts de production faiblards (ça mange quoi de fabriquer un jeu flash pour facebook et iOS en fait ?), une montagne de pognon presque inépuisable et que l'on squatte déjà tous les médias possibles et imaginables pour faire sa promo, qu'est-ce qu'il reste à faire ?

Occuper le département juridique visiblement, puisque la boite a d'abord entreprit avec succès le dépôt de marque du mot "Candy", parce que. Et rempile derrière avec "Saga", attaquant au passage le populaire The Banner Saga et menaçant à peu près tout ce qui contient des mots qu'ils ont pu utiliser dans les titres de leurs jeux sous prétexte de vouloir "défendre ses IPs".

Ironie du sort, la compagnie elle-même semble faire bien peu de cas des IPs des autres comme en atteste l'affaire Scamperghost, un jeu que King a tenté d'ajouter à son portfolio avant que les développeurs ne décident de signer avec un autre éditeur. Vexée d'avoir été éconduite, la boite a mandaté un autre développeur pour littéralement copier le titre non signé et le sortir le plus rapidement possible en prétendant avoir eu ce plan de longue date.
Oui, on est bien au niveau zéro de la stratégie commerciale et c'est avec la complicité kafkaïenne des institutions que l'entreprise, qui figure sans doute parmi les moins créatives au monde (vendre du match-3 à des mamans sur Facebook, on n'est quand même pas vraiment dans du chef d'œuvre subversif), réussit à attaquer copieurs et copiés dans une foire d'empoigne qui fait les choux gras de la presse spécialisée qui cherchait justement une accroche tendance pour faire le pont entre les sorties de fin d'année et les celles de Mars.

D'ailleurs, Shadow of the Mordor, l'un des rares nouveaux jeux présentés cette année a lui aussi souffert d'attaques de plagiat de la part de développeurs d'Ubisoft reconnaissant un peu trop Assassin's Creed édition Seigneur des Anneaux à leur goût.

Voilà donc à quoi on en est réduit dans l'actualité de "l'industrie qui dépasse le cinéma et la musique". Et alors même que l'absence de copyright est ce qui propulse la fibre créative de la mode, obligée de se réinventer pour avoir un temps d'avance sur la copie. Et alors que les restaurateurs rivalisent d'idées, d'ingéniosité et d'expériences pour proposer LA nouveauté à leurs tables, les éditeurs de jeux, tels une bande de cancres près du radiateurs accumulent la reproduction et le (auto)plagiat tout en se dénonçant les uns les autres pour pallier à l'absence de copyright sur un game design.

Parce que, fuck yeah, tout ce dont on a besoin c'est de continuer à améliorer la protection puisque tout n’est que pure création. Pas vrai ?

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