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Conflit de canard

Conflit de canard
Pierre
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En France on aime bien le cinéma et on aime bien les scandales.
Alors quand le cinéma trempe dans des scandales c’est la fête au village pour toute la presse people.

Souvent proche de ces scandales, le Centre National de la Cinématographie mélange personnalités, cinéma, pognon et donc forcément scandales.
On a les polémiques régulières sur les avances sur recettes, sur le choix des lauréats, sur les connivences, sur les jurys douteux.
C’est très rigolo, on regarde tout ça en se disant que ça fait une bien meilleure intrigue que les trois quarts des polars franchouillards produits avec l’argent en question et on retourne voir The Rock montrer ses muscles dans le dernier Michael Bay ou jouer à un bon vieux jeu vidéo des familles.

Et si ce jeu des familles avait bénéficié des exacts mêmes aides financières qui mettent le feu aux poudres quand on parle de cinéma ?

C’est ce que Gamekult tente de décortiquer dans son article sur le FAJV : le Fonds d’Aide au Jeu Vidéo, qui n’est ni plus ni moins que la subvention accordée par le CNC à certains studios de développement français.

Je vous recommande chaudement la lecture de l’article car de scandales il en est question et pas qu’un peu. C’est comme si tout avait été fait pour faire s’arracher les cheveux aux développeurs et amateurs de jeux en France.

Il y a la commission elle-même présidée par des pontes du jeu vidéo en activité dont les boites demandent elles-mêmes des subventions au CNC.
Il y a la méthode de distribution des aides et les conditions liées qui ont permis pendant des années à certains studios de faire de l’argent facile en montant des projets bidons qui ne sortaient jamais.
Il y a la vision ubuesque du jury qui avoue sans mal être plus disposé à filer de l’argent à un vieux pote ou à des projets certains.
Il y a l’absence de grille d’évaluation claire avec des critères définis qui empêche les nouveaux venus de présenter des dossiers solides sans aide extérieure et avantage les vieux routiers ainsi que les membres du jury.
Il y a les réponses laconiques pour les perdants et absentes pour les vainqueurs qui tend à prouver que personne ne sait vraiment comment sont décidés les partages des aides.
Il y a les conseillers du FAJV qui suggèrent des modifications dans le dossier qui seront au final la cause de rejet annoncée.

Au grand jeu de la loterie du FAJV il y a donc des gagnants et des perdants.
Et les gagnants on les connait : Asobo, Lexis numérique, Eugen Systems, Ankama, Spiders... toute la 'moyenne' production Française. Comprendre : le haut du panier moins ubisoft.
Rien de fondamentalement mauvais, mais également aucune prise de risque. Exactement de la même manière que le CNC est critiqué pour favoriser les mêmes vieux routiers depuis quarante ans avec ses avances sur recettes accordées à des débutants comme Resnais ou Téchiné.
Le FAJV met un point d'orgue à aider d'abord et avant tout ceux qui signent déjà chez Focus, Ubi, Bulky, Ankama.
200 000€ accordés à Endless Space de Amplitude ? De quoi pimper un peu les cinématiques d'après les créateurs du jeu. Sans doute un bon investissement pour le fond, mais quelle créativité perdue pour ce qui représente trois fois le budget d'un titre mobile ?
Car les perdants, les voilà. Des petits développeurs, parfois hommes-orchestres qui ont des idées et absolument pas de moyens et qui rognent dans leurs budgets pâtes au beurre pour terminer leurs épisodes de RPG novateurs.

Est-ce donc la vocation d'un organisme comme le CNC que de chercher à rentabiliser son investissement initial ? Ne serait-ce pas plutôt logique de se pencher sur ceux qui ne trouveront pas de financement alternatifs ? Ceux à qui les banques, les business angels, les fonds d'investissement et les éditeurs diront non. Ceux qui sont capables de voir des Minecraft, des papers please, des DayZ ou des Braid, dans un bout de code et un concept un peu obscur ?

Reste que cette petite polémique cache en fait le véritable problème du jeu vidéo comparé au cinéma : ce fond d’aide est en réalité presque la seule aide qu’il est possible d’obtenir lorsque l’on a un projet. Pas d’aide des régions, de offices du tourisme, pas d’aide des éditeurs, pas d’obligation de financement des grands groupes. Aujourd'hui, en France quand on veut réaliser un jeu vidéo à partir de rien, on peut soit s’endetter personnellement soit vendre son jeu à un éditeur. Pour le reste il y a le FAJV et l’huile de coude.

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