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Le Looter Inconnu

Le Looter Inconnu
Pierre
2 commentaires
Profitant des promos à -100% du PS+, j’ai pris quelques heures pour terminer le sympatoche Soldats Inconnus ce mois-ci.
C’est graphiquement très chouette avec un style BD qui marche très bien pour le thème, le sound design est très soigné (pensez Rayman), et si rien ne fait vraiment chauffer les méninges, il y a quelques énigmes bien foutues et une progression plutôt fluide.

Le caractère informatif s’appuie principalement sur des morceaux d’explications ou de petites anecdotes fournies par des historiens de la commission Mission Centenaire. Et j’admets volontiers que le jeu réalise un job très correct quant à l’inclusion de ces petits textes pas toujours très rigolos dans un contexte humain.

C’est un peu si l’équipe avait récupéré tous les textes et objets d’un musée pour leur donner un corps et un fil rouge autrement plus sympa que la voix d’un audio-guide à l’ossuaire de Douaumont.

Pourtant, le cœur même de ce qui donne l’identité du jeu (on utilise un jeu pour en fait vous nourrir d’infos historiques) est ce qui en fait son plus gros problème.
On a déjà un peu parlé de la dissonance ludico-narrative et ses méfaits, et bien ici on a les deux pieds dedans.

Alors que l’atmosphère générale tend à l’émotion, parfois facile, en malmenant des personnages plus ou moins attachants à l’histoire de la guerre, le gameplay, lui, s’acharne à faire trouver des objets cachés dans le décors, en dépit de tout bon sens.

L’une des scènes marquantes, ou du moins qui voudraient l’être, place le joueur dans la peau d’une infirmière débarquant sur les restes fumants d’une bataille dans la Marne et qui doit porter secours aux rares survivants.
Le niveau est jonché de corps, les blessés sont victimes de balles, éclats d’obus et exposition au gaz, les couleurs sont grises et marrons, les dialogues laissent place aux râles et le tout est copieusement arrosé d’un thème lacrymal au piano qui fait ce qu’il peut pour imiter un Yann Tiersen dépressif.
Et malgré tout, j’ai fait toute la scène en tapotant le bouton d'interaction sur chaque centimètre carré du niveau pour être bien tout à fait sûr de n’avoir oublié aucun des items à collectionner.

Pas uniquement parce que je suis un connard insensible à ce que l’équipe a essayé d’accomplir, mais simplement parce que je suis un joueur. Or un joueur n’a qu’une idée en tête : utiliser les commandes à disposition pour accomplir ce qui est dicté par les règles du jeu. Et en l'occurrence les règles sont simples : résolvez les puzzles pour atteindre la fin du niveau et ramassez tous les objets cachés dans le niveau au passage.

Donc la dissonance ne naît pas d’une volonté du gameplay de faire sortir les joueurs de l’univers que la présentation s’évertue à établir, mais d’un manque de discernement dans le choix des règles mêmes.
Parce que les game designers modernes sont tellement arque-boutés sur des questions triviales de durée de vie, de rejouabilité ou de complétion qu’ils foutent des objectifs secondaires, des collections à remplir et des saloperies annexes sans comprendre que ça peut nuire au concept même du jeu.

Soldats Inconnus
Meuhévidemment qu'on va amputer ce soldat, mais avant, j'ai de très importantes chaussettes humides à ramasser.


Dans un Assassin’s Creed c’est pénible, d’accord, mais un Assassin’s Creed est aussi là pour permettre aux fans de loot et de ramassage d’objets divers de prendre leur pied. C’est comme la semoule à volonté dans un couscous royal : c’est un peu cheapos et on en a marre dès la deuxième cuillère mais ça ne gâche pas l’expérience globale.

Alors que dans Soldats Inconnus ça correspond aux Oreos enrobés de chocolat : Les mecs ont cru faire plaisir en mettant encore plus de chocolat autour du biscuit, mais c’est stupide parce que ça masque le goût original, ça ajoute du sucre et empêche de vraiment sentir le lait au milieu.

Vous pourrez me dire que tout le monde n’est pas un acharné du chievos et qu’il est tout à fait possible de laisser tomber les objets, de se concentrer sur l’histoire et de complètement rentrer dans l’univers. C’est vrai, mais ça implique de ne pas suivre une des règles du jeu, et dès lors que le joueur ne suit plus une règle ou peut décider de s’en foutre, c’est qu’on n’est plus tout à fait dans un jeu.

Et dans ce cas là; je crois que j’aurais pu gagner pas mal de temps perdu sur des puzzles un peu vains en regardant Les Sentiers de la Gloire et en me fadant un musée à Verdun. Ou alors, vous savez, juste en regardant les Sentiers de la Gloire tout en mangeant des Oreos.

Commentaires

  • Fleau |
    Merci pour le spoil de la mort de Karl ! ><

    Sinon je suis assez d'accord même si le jeu est assez somptueux pour que ça ne me gêne pas plus que ça. Mais ouip, z'avez raison.
  • FulRoro |
    Eh, c'est la guerre, la survie avant tout.