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Mega DS

Mega DS
Pierre
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Vous l'avez sans doute vue, vous avez sans doute levé un sourcil dubitatif et vous vous êtes sans doute demandé quel genre de suite malheureuse de circonstances saugrenues a bien pu arriver chez Nintendo pour aboutir à la production d'une machine aussi étrange.
Le design aplani rend l'encombrement ingérable à une époque où les smartphones toujours plus plats et légers se glissent dans toutes les poches, les couleurs et matériaux utilisés sont tristement basiques et plutôt loin du goût sûr déployé sur la 3DS originale, le prix fixé à 130$ ne marque pas la grande baisse de prix espérée et semble démesurément élevé à la fois pour une machine destiné aux 7 ans et moins et dans l'absolu face à des smartphones dernières génération à peine plus chers.
Et surtout, en retirant la 3D de l'équation, Nintendo admet, plus ou moins ouvertement, l'intérêt restreint du bidule qui donne mal au crâne pourtant vanté en grande pompe au lancement de la console.

J'ai toujours eu du mal à accepter des idées dont la rationalité m'échappait. Apprendre par cœur quelque chose dont l'intérêt ne m'était pas flagrant, faire mon lit me matin pour le mettre en vrac le soir, finir mon assiette de légumes en pensant très fort aux enfants Africains. C'est donc avec une difficulté prévisible que j'ai accueilli le design et le message de cette 2DS (DS2 ?) totalement improbable. Pourquoi sortir une console susceptible de désorienter complètement le grand public en la dotant d'un nom différent des jeux qu'elle fait tourner ?
Pourquoi revenir sur plusieurs années de promesses de gameplay en contredisant une longue et difficile bataille pour imposer la 3D ? Pourquoi annoncer tout cela quelques semaines après la Gamescom et ne pas profiter d'un des plus grands salons mondiaux pour laisser journalistes et consommateurs tester la machine ? Pourquoi ne pas intégrer directement un second stick et ainsi pallier à une faiblesse de la 3DS ?

Rien de tout cela ne semble vraiment avoir de sens, ni d'un point de vue d'image de marque, ni dans une logique de communication renouvelée, ni dans une logique commerciale.
Nintendo insiste donc allègrement sur le fait qu'elle vise tout particulièrement les enfants en bas âge (7 ans et moins, soit les âges où il est déjà déconseillé d'activer la 3D), si le choix des couleurs et la robustesse apparente de la machine vont dans ce sens, on peut s'étonner du prix élevé et du manque de protection des écrans. Mais plus que "les enfants" en général, il semble que la cible privilégiée est "les enfants un peu lents qui jouent encore à la DS", le spot et le packaging mettant en avant le fait que la 2DS est compatible avec les jeux DS originaux.
Les ventes de jeux (et probablement de consoles) DS doivent donc donner quelques sueurs froides à Iwata qui cherche un moyen de convertir en douceur les résistants de la DS traditionnelle, qu'ils rechignent à passer à la 3DS pour des raisons de prix ou pour une allergie aux images stéréoscopiques.

Mais la seconde raison, non avouée par Nintendo est probablement le besoin sévère en rentrées d'argent faciles pour le quatrième trimestre. En sortant sa console en même temps que cette vache à lait de Pokémon, et juste avant les fêtes de fin d'année, Nintendo va décupler les ventes, non pas aux consommateurs directs qui peuvent encore réserver un accueil froid à la machine, mais bien aux revendeurs, qui n'ont pas d'autre choix que de se tenir prêt, au cas où la console fasse effectivement un carton plein chez les 5-12 ans pour Noël.
Nintendo va ainsi pouvoir faire entrer les chiffres du sell-in (ventes du producteur aux revendeurs) dans son bilan fiscal 2013 et ajouter les coûts de production probablement largement inférieurs à ceux de la 3DS (pas de système de charnière, une seule dalle d'écran, pas de technologie 3D, une coque simplifiée, réutilisation des boutons de la chaine de production 3DS etc.) pour vendre à ses actionnaires une opération 100% succès sur le marché qu'il domine déjà, capable à la fois de donner un petit coup de pouce aux ventes software 3DS et dans le même mouvement de faire oublier les chiffres de ventes de WiiU qui risquent encore d'en prendre un sacré coup avec les sorties des PS4 et Xbox One.
Et tant pis alors si cette 2DS le cul entre deux chaises, au concept étrange et au prix de vente trop élevé est un flop, les chiffres complets de sell-out (vente des magasins aux consommateurs) ne seront connus que plus tard, laissant les éventuels rachats d'invendus s'ajouter au futur bilan 2014 et d'ici là, le problème de la WiiU sera résolu pas vrai ?

Une explication probable si peu réjouissante qui nous fait regarder avec nostalgie à l'époque un peu folle où SEGA tentait avec trois morceaux de hardware de réaliser une machine fraîche sortie de nulle part en retardant tant que possible l'arrivée de la next-gen. On emboîtait avec joie des couches successives de lecteurs et autres processeurs améliorés, voire des cartouches en elles-mêmes pour obtenir une méta-console aussi aberrante qu'incomprise du grand public. Bref, comme on dit dans les bistros, c'était le bon temps.

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